De l’appui scolaire à l’accompagnement des populations migrantes, l’association « Amis de l’étudiant » à Berkane a su élargir son action en restant fidèle à une même logique : écouter, comprendre, puis agir. Forte de son enracinement local, elle s’impose aujourd’hui comme un acteur incontournable de la solidarité et de l’innovation sociale. Son expérience du guichet d’accueil, financé par PRIM, illustre cette capacité à transformer les besoins du terrain en réponses concrètes et durables.
De la salle de classe au terrain social : un engagement en mouvement
Créée en 2009 à Berkane, l’association « Amis de l’étudiant » avait pour première ambition d’accompagner les élèves dans leur parcours scolaire et par la suite universitaire et de contribuer à la dynamique de la vie éducative locale. Pendant près d’une décennie, ses membres se sont investis dans les écoles, les universités, en multipliant les initiatives d’appui et d’animation. De cette immersion est née une prise de conscience : au-delà du soutien scolaire, il devenait nécessaire de questionner les politiques publiques en matière d’éducation et d’en évaluer l’impact.
Ce virage vers l’analyse et le suivi des politiques éducatives a ouvert à l’association de nouveaux horizons. Très vite, elle a élargi son champ d’action à la participation citoyenne, en formant une soixantaine de jeunes aux outils de l’engagement civique et aux valeurs de la démocratie locale. Forte de ces expériences et d’une vingtaine d’années de présence sur le terrain, l’association a su développer une véritable intelligence de proximité : une capacité à écouter et à sentir les besoins émergents de la société de Berkane.
C’est ainsi qu’elle a vu se dessiner une nouvelle urgence : l’arrivée de plusieurs centaines de migrants venus du Soudan, de Côte d’Ivoire, du Cameroun, du Nigeria, du Tchad, de Guinée, du Burkina Faso ou encore de Sierra Leone. Fidèle à son rôle de médiateur social, l’association s’est naturellement tournée vers la question migratoire. Grâce à un projet financé par le programme PRIM, elle a lancé des actions pour favoriser l’intégration de ces nouveaux arrivants : séances de sensibilisation à l’identité marocaine, cours de darija, et accompagnement des familles afin que leurs enfants puissent accéder à l’école.
Berkane, terre d’accueil
De l’éducation à la citoyenneté, puis de la citoyenneté à la migration, le parcours de l’association illustre une même logique : partir du terrain, écouter, comprendre, puis agir. Une trajectoire qui témoigne de sa capacité à transformer chaque défi local en opportunité de solidarité et d’innovation sociale.
« C’est ce travail de terrain, mené au plus près des migrants pour faciliter leur accès aux différents services, qui a permis de constituer une véritable base de données de contacts et de consolider à la fois notre présence et notre crédibilité » s’exprime Mourad… secrétaire général de l’association. « Au début, beaucoup hésitaient à franchir le pas, parfois même à donner simplement leur prénom. Mais la première expérience du projet d’intégration financé par le programme PRIM a instauré un climat de confiance. Progressivement, les barrières sont tombées et l’association est devenue un repère essentiel pour cette population à Berkane, un lieu identifié où trouver écoute, accompagnement et orientation. » ajoute-il.
Ce premier projet financé par PRIM, nous a permis de bien comprendre les besoins et la nécessité de consolider cette dimension de guichet d’accueil. Nous avons donc, par la suite, pensé au « Projet d’Accompagnement et d’Intégration des Populations à Berkane ». Le projet vise à fournir un soutien complet aux populations vulnérables, notamment les migrant-e-s et réfugié-e-s. Il s’appuie sur une coordination multi-acteurs et une approche communautaire pour faciliter leur accès aux droits, aux services essentiels (éducation, santé, hébergement, emploi) et à l’intégration sociale et culturelle.
Le projet s’est articulé autour de quatre axes complémentaires visant à favoriser l’intégration et l’accès aux droits des personnes migrantes. Le premier axe a concerné la constitution d’un Comité de Coordination Multi-acteurs, doté d’une charte fondée sur l’égalité des chances et l’équité. Ce comité a eu pour mission principale d’assurer l’accueil, l’accompagnement et l’orientation des bénéficiaires vers les services déconcentrés et spécialisés adaptés à leurs besoins. Le deuxième axe a porté sur la mise en place d’une assistance sociale et administrative afin de soutenir les migrant-e-s dans leurs démarches quotidiennes et de faciliter leur accès aux services essentiels. Le troisième axe s’est décliné à travers une campagne de sensibilisation qui a permis d’informer et de mobiliser les différents acteurs autour des droits des migrant-e-s et de l’importance de garantir un accès effectif à ces droits. Enfin, le quatrième axe a prévu le renforcement des capacités des réseaux associatifs à travers des formations sur le cadre juridique et institutionnel relatif à la migration, avec un accent particulier sur les stratégies nationales, les droits fondamentaux des personnes migrantes et l’approche communautaire.
Le guichet d’accueil, une expérience emblématique de l’association
« Parmi les expériences les plus significatives sur lesquelles nous avons pu capitaliser à ce jour figure celle du guichet d’accueil des RTP et des MRE. Certains ont pu percevoir une redondance entre notre dispositif et la cellule d’accueil de la commune, mais nous avons toujours affirmé qu’il n’en est rien : notre action est complémentaire. En effet, nous sommes particulièrement présents sur le terrain, notamment auprès des RTP qui nécessitent une approche d’intervention spécifique, alliant intégration sociale et culturelle ainsi qu’accompagnement dans l’accès aux services. Grâce à un capital de confiance progressivement construit, la communication avec ce public est devenue beaucoup plus fluide. Quant aux MRE, leurs demandes sont souvent très précises et nous les orientons généralement vers la cellule d’accueil communale » s’exprime fièrement Mourad. Une chose est certaine : l’association « Amis de l’étudiant » s’est imposée comme un acteur central de la dynamique locale autour de la question migratoire, en témoignant d’une véritable écoute et d’une capacité d’interaction avec les besoins sociaux émergents. À tel point que son rôle pourrait inspirer un nouveau nom : « Ami-e-s du citoyen-ne ».