« Les 10 et 12 février derniers, à Oujda puis à Agadir, nous avons vécu des moments forts et solennels pour nous retrouver, société civile, services déconcentrés, provinces, communes et Conseil régional, et nous regarder les yeux dans les yeux. Nous nous sommes serré la main, nous nous sommes félicités et remerciés, avec la conscience du chemin parcouru et la certitude que ce que nous avons construit ensemble ouvre des perspectives encore plus ambitieuses. Les défis sont immenses, mais notre capacité d’action collective l’est tout autant. Pour la suite, osons voir plus grand » indique la cheffe de projet de PRIM, Mme Paola Chianca, commentant sa satisfaction des résultats des deux ateliers de restitution de l’évaluation de la première phase du Programme régional des initiatives de la migration (PRIM).
Respectivement dans deux régions, deux villes et deux salles différentes, les expert-e-s de PRIM ont présenté les résultats de l’évaluation de la première phase de PRIM. Il ne s’agissait pas seulement de rendre compte, mais aussi de recueillir les attentes, les besoins — et surtout l’énergie collective — nécessaires pour préparer la deuxième phase.
Conçu pour accompagner la régionalisation et favoriser l’intégration ainsi que l’appropriation, par les acteurs territoriaux, des politiques nationales en matière de migration (notamment la SNIA et la SNMRE), mis en œuvre sur 5 ans, PRIM a généré des résultats tangibles dans les régions de l’Oriental et du Souss-Massa.
Lors des ateliers, les différents acteurs ont partagé leurs avis et commentaires sur les acquis notoires de la phase 1, mais aussi leur ambition pour l’avenir et leur volonté de “voir plus grand” pour la phase 2.
Une chose est sûre : l’ensemble des participant-e-s a reconnu l’apport concret de PRIM sur le terrain. Le programme a contribué, d’une part, à structurer une coordination multi-acteurs et un dialogue plus fluide entre la société civile, les services déconcentrés et les différentes institutions territoriales. D’autre part, il a favorisé l’émergence d’initiatives abordant la question migratoire dans sa double dimension — Marocain-e-s résident-e-s à l’étarnger et Ressortissant-e-s des pays tiers.
Fonds régional : l’émergence d’un tissu associatif plus structuré, mieux formé et plus impliqué
Lors des deux rencontres de restitution, l’ensemble des participant-e-s a insisté sur l’importance de pérenniser le Fonds régional dans la deuxième phase du projet. Ce mécanisme a joué un rôle d’accélérateur : il a permis la mise en place d’initiatives prometteuses dans les deux régions pilotes, en impliquant directement la société civile et en favorisant des actions concrètes sur la question migratoire. Plusieurs intervenant-e-s ont souligné que, grâce à ce Fonds, les acteur·rices locaux·ales ont pu s’approprier le sujet, expérimenter des approches novatrices, et renforcer leurs liens avec les émigré-e-s marocain-e-s et les ressortissant-e-s de pays tiers.
Dans le prolongement de ces constats, les rencontres ont également mis en avant un enjeu décisif : celui de l’appropriation locale et de la volonté d’initier, à l’avenir, des projets plus ambitieux et de plus grande envergure. Si le Fonds a fortement contribué, sur les deux territoires, à améliorer l’accès des bénéficiaires à certains services, il a également permis aux organisations de la société civile de renforcer leurs capacités, de consolider une expérience de terrain et de développer une expertise territoriale sur la migration. Des éléments que les participant-e-s ont appelé à intensifier dans la phase 2, en faisant du développement des capacités un pilier structurant de la suite du programme.
Au-delà du renforcement des compétences individuelles, les participant-e-s ont également recommandé de consolider la capacité d’action collective des acteur-rice-s, en améliorant la coordination et la mise en synergie des initiatives. Les différents acteurs participants ont proposé la création ou le renforcement de réseaux associatifs, ainsi que la mise en place d’espaces permanents de concertation, capables de structurer le dialogue, de mutualiser les ressources et d’assurer une meilleure cohérence des interventions sur le terrain.
Les participant-e-s des deux régions ont mis en évidence la richesse du travail accompli et la nécessité de poursuivre son approfondissement, en affinant encore davantage l’identification des besoins des bénéficiaires, notamment en matière de transfert de compétences et d’intégration économique, étant des moteurs essentiels d’autonomisation. Les échanges ont également souligné l’importance de consolider la capitalisation des résultats déjà obtenus, afin renforcer la visibilité de l’impact et des acquis dans la perspective de la deuxième phase du programme.
Accès aux services : des acquis réels et le défi de leur ancrage durable dans les territoires
La deuxième composante, dédiée à l’accès aux services pour des migrant-e-s (marocain-e-s résident-e-s à l’étranger et ressortissant-e-s de pays tiers), a été déployée tout au long de la mise en œuvre du Programme régional des initiatives de la migration (PRIM) autour de deux volets complémentaires.
Le premier a reposé sur la mobilisation des services déconcentrés — santé, éducation, entraide nationale, académies régionales dans une démarche d’implication directe pour faciliter l’accès à la cible. Le second a mis l’accent sur l’implication des communes, appelées à jouer un rôle plus actif dans l’accueil, l’orientation et le relais vers les services disponibles sur le territoire.
Dans les deux régions pilotes, la restitution a mis en évidence des résultats tangibles : communes et services déconcentrés ont permis des avancées concrètes au bénéfice des personnes accompagnées. L’évaluation a enfin confirmé que les acquis de la première phase constituent désormais des fondations précieuses, dont la consolidation représente une priorité pour l’avenir. Elle a appelé, dans ce sens, à renforcer la professionnalisation et l’institutionnalisation des dispositifs d’accueil au sein des communes, afin d’inscrire durablement ces avancées dans le paysage territorial.
L’évaluation a enfin mis en évidence une opportunité majeure à fort potentiel. Il s’agit de renforcer la coordination entre les communes et les services déconcentrés afin de consolider les bases d’une action territoriale plus intégrée, fondée sur des données fiables et une meilleure connaissance des besoins. Parmi les mécanismes proposés pour cela : la création d’une plateforme digitale et d’une cartographie partagée des services comme moyens de structurer durablement l’accompagnement des bénéficiaires.
Enfin, les échanges ont rappelé le rôle déterminant de la société civile, dont les dynamiques ont souvent servi de levier de mobilisation des acteurs territoriaux. Par le déploiement de projets ciblés — inscription scolaire des enfants, accès aux soins, accompagnement psychosocial, orientation vers des services spécialisés — et grâce à des coopérations institutionnelles avec les services concernés, les associations ont contribué à rendre l’accès aux services plus effectif et mieux coordonné.
Egalité femme - homme et gouvernance : capitaliser et transmettre
La prise en compte du genre s’est imposée comme une dimension structurante de PRIM, intégrée de manière transversale dans l’ensemble des actions menées. De l’avis partagé des différent-e-s participant-e-s, cette orientation a déjà produit des effets concrets ayant influencé les pratiques de planification des acteur-rice-s territoriaux et renforcé, au sein de la société civile, la capacité à mieux identifier et prendre en charge les besoins spécifiques des femmes, notamment dans l’accompagnement de leurs projets. Une approche sur laquelle, ont-ils insisté, il convient désormais de capitaliser davantage.
Sur un autre registre, plusieurs remarques ont porté sur les enjeux de gouvernance. Les échanges ont souligné la nécessité de renforcer la coordination entre les différents acteurs, à la fois au sein d’un même territoire, mais aussi à l’échelle interrégionale, en favorisant davantage d’échanges entre les deux régions pilotes, tout en poursuivant l’effort de benchmark international. La question de l’essaimage s’est également invitée dans le débat : comment transférer cette expérience vers d’autres régions et en assurer l’adaptation aux réalités locales ?
Les participant·es ont par ailleurs insisté sur l’importance de mieux articuler les différents niveaux territoriaux — région, provinces et communes — afin de gagner en cohérence et en efficacité dans la mise en œuvre.
PRIM : plus qu’un programme, une dynamique territoriale
Dans les deux régions, les acteurs ont exprimé leur volonté de consolider les acquis, mais aussi de franchir un nouveau palier. Au-delà du bilan, ces ateliers ont surtout permis de tracer des perspectives et de dessiner les contours de la suite. Aujourd’hui les alliances se sont renforcées, et l’ambition est plus grande.
Ce qui est sûr, c’est qu’au-delà de la dimension technique de la mise en œuvre et de l’évaluation de PRIM, une vraie dynamique territoriale a émergé. Une dynamique fondée sur la confiance, la coopération et la responsabilité partagée entre institutions, collectivités et société civile.
À Oujda comme à Agadir, un sentiment domine : une grande satisfaction de ce qui a été accompli et une ferme volonté de poursuivre.