Une insertion à 3 Dimensions : sensibilisation, scolarisation et formation
Un projet d’intégration des personnes migrantes, financé en partie par le programme PRIM et mis en œuvre par ACODEC, dresse un bilan globalement positif tout en révélant les limites structurelles qui freinent encore l’inclusion durable. Les différentes phases du projet mettent en lumière des avancées concrètes en matière de formation, de scolarisation et de sensibilisation, mais aussi des contraintes qui exigent des ajustements à moyen et long terme.
Former, puis insérer : le virage vers la pratique
Le projet intitulé « Moussada wa Idmaj al Mouhajir 1 », dans sa première phase (financée par PRIM), a ciblé l’insertion économique par la formation professionnelle (couture, électricité). L’expérience a rapidement mis en évidence une exigence centrale : la théorie ne suffit pas. La phase 2 a donc consolidé des dispositifs plus opérationnels — stages en entreprise et sur chantiers, d’une durée de six mois après la formation — afin de mettre en pratique les compétences en situation réelle.
En complément de cette immersion dans le monde professionnel, l’association a développé un module de « soft skills » destiné à doter les bénéficiaires de compétences transversales (adaptabilité, gestion du stress, confiance en soi, etc.). « Ce module a eu un grand impact sur le moral des bénéficiaires. Comme ils ne se connaissaient pas entre eux, c’était aussi une forme de consolidation de la communauté », explique Adil Rghioui, chargé de projet.
Cependant, la dynamique d’insertion à travers les stages a des limites sur le terrain, car les chantiers changent et les migrants n’avaient pas les moyens d’assurer le transport pour se rendre sur le chantier. « Nous les prenions en voiture Najat et moi, leur montraient où prendre les transports » rajoute Adil. Ceci dit les chefs d’entreprise ont exprimé leur volonté de les prendre sur les chantiers, encore faut -il qu’ils aient les moyens d’arriver à ces chantiers… L’accès au stage est complexe. Il nécessite des conventions, des documents administratifs, et une relation de confiance avec les entreprises — parfois facilitée par un appui de l’association. Les acteurs recommandent d’allonger la durée des stages : six mois sont jugés insuffisants, et douze mois seraient préférables pour une insertion plus stable.
D’un autre côté, une autre association est également intervenue auprès de ces bénéficiaires formés en leur octroyant une aide matérielle sous forme d’équipement, leur permettant de lancer des micro-activités génératrices de revenus.
Scolarisation : des progrès malgré des obstacles administratifs
La scolarisation des enfants migrants constitue un deuxième pilier majeur. Le projet a cherché à inscrire durablement les enfants dans les établissements locaux, tout en constatant un besoin de renforcement des capacités au sein des écoles. Les directeurs ne sont pas toujours préparés à accueillir des enfants non francophones ou non arabophones, et l’accompagnement devient indispensable. « Nous avons inscrits une quarantaine d’enfants, malgré les difficultés administratives. Mais, heureusement, la cellule créée dans le cadre du projet PRIM au sein de l’académie régionale de l’éducation a été d’une grande aide à la fois pour les inscriptions administrative et pour les fournitures scolaires » explique Najat, assistante sociale de l’association.
Dans les établissements concernés — au nombre de six — le projet a mis en place des activités parascolaires culturelles (football, dessin, théâtre) visant la socialisation et la prévention de la discrimination. Le constat de terrain est net : ces activités favorisent le “vivre ensemble”. « Ces enfants parlaient oujdi de la même manière que tous les autres, c’était épatant », s’exclame Adil Rghioui avec enthousiasme en partageant les résultats du projet.
« Nous avons été émus en voyant, à la fin des activités, des enfants venir nous faire un câlin pour nous remercier. Le directeur lui-même a été enchanté par la capacité de ces activités à générer une cohésion sociale et nous a dit : “revenez quand vous voulez” », ajoute Adil.
Sensibiliser pour élargir la mobilisation des acteurs et l’impact du projet
Le projet a également développé un axe de sensibilisation aux droits : stratégie d’immigration et d’asile, traite des êtres humains, droits humains — ciblant à la fois les migrants et certains acteurs locaux (notamment des responsables des écoles).
Malgré tous ces aspects couverts par le projet PRIM, d’autres demandes d’intervention ont été exprimées par les migrants — notamment l’hébergement d’urgence, des soins spécifiques, des vêtements d’hiver ou des paniers alimentaires — « sur lesquels nous ne pouvions pas fermer les yeux », explique Adil. ACODEC a ainsi complété sa stratégie d’intervention avec un autre programme dédié à la santé, financé par un autre bailleur, afin d’assurer un éventail de services d’aide et d’orientation répondant à des besoins de plus en plus pressants chez les bénéficiaires.
Forgée par la réalité du terrain et l’observation des besoins, à travers les deux projets financés par PRIM, ACODEC a développé une véritable vision et une approche structurée de l’insertion sociale des personnes migrantes, couvrant aussi bien les adultes que les enfants, ainsi que l’écosystème dans lequel ils évoluent. Malgré des limites structurelles — pérennité des financements, cadre légal restrictif ne permettant pas un accompagnement complet, notamment pour le travail et l’hébergement d’urgence — l’association s’appuie sur des équipes de terrain convaincues et formule un ensemble de recommandations pour l’avenir.
Ils proposent plusieurs orientations pour renforcer l’efficacité et la durabilité de l’intervention : prolonger les stages à douze mois afin de consolider les compétences et l’insertion, institutionnaliser au sein des académies un mécanisme pérenne de suivi éducatif des enfants migrants, mettre en place de petites bourses destinées à couvrir des besoins essentiels (matériel scolaire, alimentation) et à prévenir la mendicité, clarifier le cadre légal relatif à l’hébergement d’urgence ainsi qu’à la reconnaissance des documents, et enfin privilégier des projets pluriannuels (financement) tout en renforçant la coordination avec les organismes spécialisés afin de garantir une pérennité des services de base, proportionnée à l’augmentation du nombre de migrants arrivant sur le territoire. « Il arrivait de recevoir jusqu’à 15 personnes par jour », ajoute Adil.
Cela confirme que la consolidation des acquis dépend désormais d’une approche plus longue, plus institutionnelle et mieux articulée aux dispositifs publics et associatifs.