À Oujda, une association née d’un parcours de vie est devenue un centre d’inclusion sociale et économique pour les jeunes, les femmes et les personnes en situation de handicap : une vision pour l’avenir des jeunes que PRIM est venu consolider et concrétiser avec son appui financier.
En 2016, après avoir quitté son emploi en France, Fatiha Benomar s’installe à Oujda. Elle y découvre la précarité de nombreuses mères célibataires et décide de fonder l’association « Family Espoir ». L’objectif : accompagner ces femmes dans l’éducation et l’épanouissement de leurs enfants.
Rapidement, une antenne est créée en France pour faciliter la collecte et le transfert légal de dons. Sur place, l’association organise des sorties, distribue des fournitures scolaires et propose du soutien scolaire, d’abord dans des maisons de quartier. Family Espoir représente non seulement l’espoir pour plusieurs familles à Oujda, mais un modèle de contribution des associations de la diaspora au développement local.
Le choc du handicap et la création de Dar El Karama
En 2018, Fatiha Benomar est confrontée à la réalité des enfants en situation de handicap, souvent abandonnés ou cachés faute de moyens. Deux ans plus tard, Family Espoir achète un local qui devient Dar El Karama (la Maison de la dignité), centre d’accueil de jour pour enfants handicapés.
Dès 2021, une subvention de l’Entraide Nationale permet d’embaucher trois éducateurs et éducatrices spécialisé.es. En parallèle, une coopérative est mise en place pour former des mères à la couture, la broderie et la pâtisserie, avec le soutien de l’INDH.
De l’accueil des enfants à la mission locale pour les jeunes
Au fil des années, la demande s’élargit. En 2023, avec le projet « une inclusion sociale et économique des jeunes, des femmes et des personnes en situation de handicap à Oujda » la Maison est agrandie pour accueillir un nouvel étage dédié à la formation et à l’accompagnement des jeunes déscolarisés. Située dans un quartier périphérique dépourvu de collèges et lycées, l’association devient un repère pour éviter l’errance et la migration clandestine.
Ce guichet d’accueil, d’orientation et d’accompagnement constitue une véritable mission locale pour la ville d’Oujda.
L’apport déterminant du projet PRIM
Le financement PRIM donne une nouvelle dimension à l’action de l’association. Il permet de : concrétiser le guichet d’accueil et d’orientation et financer des formations de qualité pour les femmes (Broderie, entrepreneuriat, soft skills, confiance en soi, etc.).
Les résultats sont significatifs : sur 39 jeunes hommes et femmes formé.es, 25 ont trouvé un emploi. 6 coopératives féminines ont été créées, dont une coopérative laitière, qui a vite été financée par l’INDH. Cette coopérative emploie sept mères et constitue un exemple d’autonomie. Deux autres coopératives d’aides à domicile sont en cours de structuration.
Mounia, 38 ans, mariée et mère de trois enfants, témoigne :
« Grâce à l’association Family Espoir et au soutien que j’ai reçu, j’ai pu changer le cours de ma vie. J’ai suivi des formations en couture et en broderie, puis j’ai intégré le travail coopératif d’abord en travaillant pour l’association dans sa coopérative de broderie. Aujourd’hui, j’ai fondé ma propre coopérative spécialisée dans la production de lait et de ses dérivés – fromage, yaourt, beurre. Je vends mes produits à mes connaissances par téléphone. J’ai également participé à un salon régional avec mes produits et je me prépare à ouvrir bientôt ma propre boutique à la fin de mois de septembre 2025. Ce projet m’a donné une indépendance professionnelle, de la confiance en moi et a ravivé mon espoir en un avenir meilleur. »
« PRIM m’a beaucoup aidé, non seulement moi, mais il y a 6 autres coopératives qui ont été créée donc ça a changé la vie de plusieurs autres femmes » ajoute Mounia
Oussama, jeune de 18 ans, raconte son parcours avec beaucoup d’émotion. Après avoir interrompu sa scolarité au niveau de la 7ᵉ année, il cherchait une opportunité pour apprendre un métier. C’est par l’intermédiaire d’amis qu’il découvre le Dar El Karama et son programme de formation en cuisine.
« Dès mon intégration, j’ai été accueilli chaleureusement par l’équipe. Pendant quatorze mois, j’ai suivi un parcours alternant formation au centre et stages pratiques en milieu professionnel. Cette approche m’a permis d’acquérir une solide expérience, aussi bien dans la cuisine que dans la pâtisserie et les différents services. Le centre nous offrait non seulement un apprentissage, mais aussi un véritable accompagnement », confie-t-il.
À la fin de sa formation, Oussama a obtenu son diplôme. Pour marquer cette étape, une fête de fin de formation a été organisée, où il a cuisiné avec l’ensemble de ses camarades de promotion, dans une ambiance conviviale et pleine de fierté. Très vite, il a trouvé un emploi dans un restaurant, ce qui lui a permis d’accéder à une autonomie financière et de soutenir sa famille. « Grâce à cette chance, je peux aujourd’hui subvenir à mes besoins et aider les miens. Le centre m’a ouvert une porte que je croyais fermée », explique-t-il avec reconnaissance.
Il souligne également le soutien précieux reçu pour ses démarches administratives, notamment l’obtention de documents officiels et même de son permis de conduire. « Le centre n’a pas seulement contribué à ma réussite professionnelle, il m’a aussi accompagné dans ma vie personnelle. C’est grâce à lui que j’ai pu me construire un avenir. »
De grandes attentes de la population locale et un vrai besoin de pérennisation de l’expérience
La Maison de la dignité est également devenue un lieu d’accompagnement pour la création de coopératives, avec l’appui de partenaires. Aujourd’hui, après la fin de projet en Mai 2025, Family Espoir continue son action grâce à des dons privés et des petites subventions locales.
La réussite de cette expérience de guichet d’orientation a créé beaucoup d’attente chez la population locale, les besoins sont multiples. L’association multiplie aussi les réponses à des appels à projets et bénéficie du soutien des institutions locales et régionales et la détermination de Fatiha Benomar reste intacte : « Bien sûr qu’on ne va pas lâcher, il faut pérenniser ce projet. Et qui sait, il y aura peut-être un PRIM 2 ou un PRIM 3. »