Vers les perspectives d’une institutionnalisation top- down
« Quand j’ai entendu un Marocain me dire qu’il aimait le Soudan à cause d’un écrivain, j’ai compris qu’on pouvait vraiment se connecter par la culture. » (Propos rapporté par l’encadrant, issue de bénéficiaires Scène de Théâtre, Berkane), « Avant, je ne savais rien faire. Maintenant, je fais la couture bien… je fais des sacs d’ordinateur.» (Bénéficiaire- ACODEC, Oujda) , « Avant, le Maroc était une étape. Aujourd’hui, on envisage d’y construire quelque chose. » (Bénéficiaire focus group – Skills Studies), « Avant, tout le monde nous demandait la moitié de la somme des pensions. Pour la première fois, quelqu’un nous aide à accéder à mes droits sans contrepartie. » (Bénéficiaire, projet Tiwizi), « Les MRE ne viennent plus seulement pour les vacances : ils viennent aussi pour construire, investir et partager leur expérience. » (Président AREDS- Nador).
C’est ainsi que se sont exprimés bénéficiaires et acteurs du projet PRIM dans le cadre des focus groupes organisés pour l’évaluation de ce programme. Des témoignages qui rendent comptent non seulement de l’impact du projet PRIM, mais surtout d’une politique publique, certes émergente, mais palpable rendant compte d’un changement de perception de la question migratoire dans les régions pilotes.
Durant plus de 5 ans, PRIM a mobilisé une enveloppe de 9 M€ pour soutenir 64 projets, consolider ou déployer 27 dispositifs d’accueil (19 BAOM dans le Souss-Massa et 8 cellules d’accueil dans l’Oriental), former 336 acteur·rices (117 cadres public/privé et 219 agents communaux), et impacter la vie d’environ 11 400 personnes (bénéficiaires directs des projets et personnes accueillies dans les services d’accueil).
Le Programme Régional des Initiatives de la Migration (PRIM) a accompagné la territorialisation des politiques migratoires au Maroc en articulant appui aux organisations de la société civile (OSC) et renforcement des dispositifs publics d’accueil, dans deux régions pilotes : Souss-Massa et Oriental.
À l’issue de la phase 1 (septembre 2020 – octobre 2025), l’évaluation finale met en évidence des acquis solides et identifie des leviers de consolidation.
Enseignements de l’évaluation : acquis confirmés et points d’amélioration structurants
L’évaluation finale met en évidence la forte pertinence et cohérence de PRIM, qui a su traduire les stratégies en dispositifs de proximité (BAOM, cellules d’accueil, actions de formation, fonds régional) tout en restant adaptatif face aux évolutions du contexte (pandémie, recompositions institutionnelles …) et solidement ancré dans les territoires. Le programme a apporté une réponse concrète à une demande réelle, en structurant un maillage d’accueil et d’orientation, en installant des espaces de dialogue multi-acteurs (CAT) et en soutenant la professionnalisation des pratiques, avec un dispositif de suivi-évaluation/capitalisation jugé utile. Sur le plan de l’efficience, l’évaluation souligne que PRIM a fait preuve d’une bonne efficience, grâce à une gestion prudente et un forte capacité d’adaptation confirmant une capacité de mise en œuvre globalement robuste.
Les projets financés dans la cadre du fonds régional affichent un taux moyen d’exécution d’environ 88 %, confirmant une bonne absorption par les acteurs, les écarts étant surtout liés à l’hétérogénéité des capacités des associations. Enfin, les résultats indiquent des impacts tangibles : amélioration de l’accès aux services et effets psychosociaux significatifs pour les RPT, accès administratif plus lisible et reconnaissance renforcée de la diaspora pour les MRE, ainsi qu’une contribution au vivre-ensemble et à la participation citoyenne au sein des communautés locales.
Au regard de ces constats, l’évaluation recommande de consolider et institutionnaliser les acquis de PRIM en sécurisant des cadres juridiques et des lignes budgétaires dédiées pour pérenniser les dispositifs (BAOM, cellules d’accueil) et en renforçant les ressources humaines ainsi que la continuité des appuis, en particulier dans l’Oriental. Elle souligne également la nécessité de standardiser les pratiques (référentiels métiers, procédures, outils communs) et de poursuivre la professionnalisation par la formation, tout en adaptant le dispositif de suivi-évaluation afin de mesurer les transformations ultérieures. Sur le plan opérationnel, l’évaluation plaide pour des procédures de subvention plus proportionnées et des décaissements plus fluides, accompagnées d’un appui différencié aux OSC selon leurs capacités. Enfin, elle insiste sur la consolidation du fonds régional (portage institutionnel clair, cofinancements durables) et sur le renforcement de l’intégration du genre (plans d’action, référent·e·s, ressources dédiées, indicateurs), afin d’amplifier les impacts observés et de sécuriser la durabilité des résultats dans la perspective de PRIM 2.
C’est dans cette logique de consolidation et de pérennisation des acquis, qu’une deuxième phase du programme est actuellement en cours de démarrage dont lancement officiel interviendra très prochainement en début du mois d’avril. PRIM 2 est prévu sur 36 mois (Avril 2026 – octobre 2028), pour un montant de 7 M€, avec une mise en œuvre assurée par Expertise France et un financement conjoint de l’AFD, de l’Union européenne et du MEAE français. L’enveloppe combine 5 M€ apportés par l’AFD, 1,5 M€ par l’Union européenne et 0,5 M€ complémentaires (FEF), mobilisés autour d’une équipe mutualisée afin de maximiser l’impact, la cohérence et la continuité des actions sur les territoires.
Deux composantes, une logique d’institutionnalisation
PRIM 2 s’articulera autour de deux composantes : (1) la gestion d’un fonds régional finançant des actions d’OSC locales ou de la diaspora intégrant l’approche genre et (2) l’accompagnement institutionnel pour mettre en place ou renforcer des actions et services prenant en compte la migration et l’égalité femmes-hommes.
En cohérence avec la première phase, cette deuxième phase sera configurée comme une assistance technique institutionnelle, visant l’opérationnalisation de la politique migratoire au niveau local, avec une implication équivalente des acteurs institutionnels et associatifs. L’accent sera mis sur la pérennisation via la structuration et la formalisation d’outils et de protocoles, dans la continuité des acquis de la première phase.
Une continuité pour consolider et pérenniser
En synthèse, si l’évaluation finale confirme que PRIM a produit des résultats tangibles et un maillage territorial utile, tout en identifiant des conditions indispensables pour assurer la durabilité (budgets dédiés, ressources humaines, procédures standardisées, portage institutionnel et cofinancements, outillage et suivi renforcés), PRIM 2 viendra capitaliser sur ces acquis : il vise explicitement la pérennisation par la formalisation des outils, la structuration de la gouvernance et la consolidation des services d’accueil et d’orientation.
En s’inscrivant dans la continuité, cette deuxième phase a une ambition centrale : institutionnaliser, formaliser et pérenniser les dispositifs et outils éprouvés, tout en renforçant l’intégration transversale de l’égalité femmes-hommes.